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ON PARLE #EXPO

André Derain, le peintre inventeur

Rétrospective de la première partie de son œuvre d’une tendre violence et chimiquement addictive. Un hommage rendu par le Centre Pompidou à cet artiste inclassable, père du fauvisme, créateur de bizarreries et membre d’une bande d’amis talentueux comme Matisse, Braque ou Picasso.

André Derain (1928)

André Derain se caractérise par son statut d’inventeur et de chercheur continu de l’art. On disait de lui qu’il était comme un cancre, surdoué, incapable d’entrer dans la norme et d’achever ses idées tourbillonnantes correctement. Il commence d’abord à travailler sur la caricature, avec des lignes encrées, parfois enfantines, aux couleurs vives et éclatantes. Puis il s’attaque pour de bon à la peinture et partage un studio en 1900 avec Maurice de Vlaminck. L’année suivante, il rencontre Henri Matisse, avec qui il ira peindre le sud à Collioure : des peintures fortes, voire violentes, aux couleurs riches et frappantes.

Les arbres (1905)

Derain est le fondateur du fauvisme : inspiré des « arts primitifs » qui le passionnent, il réfléchit sur l’expressivité de la céramique, des bas-reliefs et de la sculpture sur pierre. Il se met à pratiquer intensément ces différents arts, ce qui complète chez lui sa passion pour la découverte et l’invention.

Musique (1904)

Infiniment moderne dans son idée de l’art, André Derain n’hésite pas à s’influencer des palettes de Gauguin, Cézanne. Par ailleurs, il aime discuter, décortiquer, partager sa vision des choses. Son activité évolue constamment, il réinterprète les courants comme le pointillisme, le symbolisme, le cubisme, pour réaliser un art personnel : le réalisme magique. André Derain peint des animaux qui rappellent Chagall, des baigneuses alanguies et allégoriques, des forêts profondes et perdues, Londres dans le soleil couchant, des gens qui dansent. André Derain, c’est une symphonie de personnages, de couleurs, de lieux rêvés. Un thème onirique récurrent donc, revisité avec des couleurs quasi violentes qui marquent un vrai changement avec les pastels des impressionnistes.

Personnellement, j’ai trouvé que la mise en scène de l’œuvre du peintre au centre Pompidou démontrait une réelle évolution dans les pratiques artistiques de Derain. Différents espaces pour mettre en valeur une diversité entre photographie, sculpture, caricature et peinture. J’ai particulièrement apprécié son travail sur la ville de Londres pour les jeux de lumière sur la Tamise, les couleurs plus douces et la réinterprétation du pointillisme.

Waterloo (1906)

L’exposition sur la décennie radicale d’André Derain porte bien son nom : jusqu’à la Première Guerre mondiale, le peintre vit une période d’introspection intérieure intense, il cherche, découvre et invente, sans jamais cesser de créer. Un moment de beauté à passer avant le 29 janvier 2018, pour troubler le temps gris de teintes puissantes et ensoleillées.

« Ce qu’il faut, ce serait de rester éternellement jeune, éternellement enfant : on pourrait faire de belles choses toute sa vie. Autrement, quand on se civilise, on devient une machine qui s’adapte très bien à la vie et c’est tout. »

 

ON PARLE #EXPO

David Hockney, l’artiste protéiforme

Retour sur l’exposition magistrale du peintre David Hockney au centre Pompidou :
10 raisons d’apprécier cet Artiste.

  • Hockney est un rare touche à tout talentueux : pas d’excuses, il y en a pour tous les goûts, dessin, gravure, photo, peinture, vidéo… L’artiste essaye et découvre, ajoutant à chaque fois sa folie et sa singularité. Avis aux curieux d’arts visuels !
  • Hockney représente une ellipse temporelle à lui tout seul : son œuvre recouvre la folie du pop art et l’hyperréalisme des années 60, et emmêle figuratif et expressionnisme dans un mix bienvenu de peinture et de photos. Merci pour cette vision historique et évolutive de l’Art !
Woldgate Woods (2006)
  • Hockney a reçu une formation classique : il fait ses armes au Royal College of Art avant de partir en Égypte où il sera dessinateur de presse. En 1964, le peintre caméléon s’en va explorer une liberté nouvelle aux États-Unis et se met à décrypter le californian way of life.
  • Hockney est un fou de couleurs : il les fait danser de toile en toile, jamais agressives mais d’une violence fine et attirante, qui donne une impression de saut dans le vide, de plongée dans l’œuvre. Allons réveiller la grisaille d’octobre avec cette célébration ensoleillée et rougie des campagnes californiennes !
Study of the Grand Canyon (1998)
  • Hockney, c’est un pied de nez aux codes et aux restrictions sociales : il assume, valorise, sublime la relation fusionnelle qu’il entretient avec Peter à travers sa thématique de la piscine. Et c’est une représentation du corps masculin à la fois réaliste et simplissime.
Portrait d’un artiste (Piscine avec deux  personnages), 1972
  • Hockney fait du pop art : après sa rencontre avec Andy Warhol, il se lance dans l’acrylique et teint ses cheveux de blond platine. Passionné par la superficialité assumée du lifestyle californien, David peint piscine sur piscine, explore l’éphémère de la gerbe d’eau dans sa toile majeure A Bigger Splash et signe une peinture à la fois figée et visionnaire.

    A Bigger Splash (1967)
  • Hockney est un inventeur : ses photos assemblées en une image pleine de mouvement sont la preuve de sa façon d’appréhender le monde, changeante et infiniment vivante. Toute sa vie et jusqu’à aujourd’hui, il n’a jamais cessé de chercher, d’être curieux, de tout tenter. Un exemple à garder en tête.
Pearblossom Highway (1986)
  • Hockney est icônique. Il a marqué plusieurs époques, piochant à chaque fois l’essence des lieux et des gens. Il est un des premiers à avoir dessiné sur un Ipad en 2010 et aujourd’hui, se moquant de ses 80 ans, il filme les quatre saisons. Personnellement, il me donne envie de vieillir.
  • Hockney est un amoureux de la vie. Il se dit « insatiable d’une vie exaltante » et le montre dans un Art parfois touffu, ultra diversifié, original, anticonformiste et envahissant pour la rétine et la pensée.
  • Hockney a exposé au centre Pompidou,qui lui a réservé un espace privilégié, aux salles percées de larges fenêtres qui révèlent « Paris en mode circulaire ». Rien que pour le lieu, on y est allé en courant et en fredonnant.